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Crise climatique : les programmes des candidats à la présidentielle qui respectent ou pas l’accord de Paris ont été examinés à la loupe

Celui ou celle qui remportera l’élection présidentielle devra prendre des décisions importantes pour limiter le réchauffement climatique. Une analyse détaillée des mesures proposées par les prétendants à l’Elysée a été réalisée par l’association Les Shifters.

La prochaine ou le prochain président de la République devra face au réchauffement climatique prendre des décisions importantes. Son mandat prendra fin en 2027, trois ans avant 2030, date à laquelle la France devra avoir réduit ses émissions de gaz à effet de serre de 40% pour respecter l’accord de Paris sur le climat.

Pour ce faire, il ou elle trouvera la stratégie bas carbone un document officiel qui décrit, secteur par secteur – transports, bâtiments, agriculture, industrie– les efforts à réaliser.

Les programmes des candidats sont-ils compatibles avec ces objectifs ? C’est la question, qui a été posée à quelques jours du premier tour de l’élection présidentielle 2022. L’association Les Shiifters présente une vue d’ensemble de l’évaluation des programmes pour chaque candidat.  Aucun candidat ne remplit pleinement les objectifs de l’accord de Paris.

L’analyse des douze programmes montre que les candidats sont globalement éloignés des objectifs fixés par la Stratégie nationale bas carbone. Les Shifters n’ont pas effectué de classification globale des candidats mais, dans un souci de lisibilité et de concision, franceinfo.fr a décidé de les regrouper en six catégories. Aucun ne présente un plan avec des mesures assez cohérentes et détaillées pour être « très proche » de l’accord de Paris.

Ceux qui s’en sortent le mieux sont Jean-Luc Mélenchon et Yannick Jadot qui avancent des programmes proches de la SNBC.

Nathalie Arthaud. Le programme de la candidate de Lutte ouvrière n’est pas simple à analyser : elle n’avance « pas tant un programme de gouvernement défini qu’une dénonciation des pratiques des partis de gouvernement et du système capitaliste », constatent Les Shifters. Sur le climat, elle dénonce par exemple le manque de mesures contraignantes imposées à l’industrie et les taxes qui grèvent le budget des plus modestes. Elle propose globalement « la reprise en main par les travailleurs du système économique », qui aboutirait selon elle au traitement des questions environnementales « dans l’intérêt de tous ». Sans donner plus de détails.

Nicolas Dupont-Aignan. Le réchauffement climatique n’est pas une priorité pour le candidat souverainiste, dont le programme « déroge en de nombreux points à la Stratégie nationale bas carbone », tranchent Les Shifters. Nicolas Dupont-Aignan souhaite par exemple prolonger le modèle de société basé sur la voiture et évoque à peine les transports en commun. Certaines mesures, comme la gratuité des péages en 2027 ou la réduction des prix des billets d’avion entre l’outre-mer et l’Hexagone, vont même augmenter les émissions de gaz à effet de serre, alors que la France s’est engagée à les réduire. Les Shifters ont tout de même relevé quelques mesures alignées avec les objectifs climatiques de la France, comme la rénovation énergétique.

Anne Hidalgo. La candidate socialiste couvre tous les secteurs de la Stratégie nationale bas carbone et fait référence à de nombreuses reprises à la baisse des émissions de CO2. Parmi les mesures cohérentes avec les objectifs climatiques de la France, Les Shifters relèvent une « évolution importante vers l’agro-écologie », « le développement du secteur ferroviaire et du covoiturage » et un grand plan de rénovation énergétique des logements privés. Mais elle ne mentionne pas la diminution de la consommation de viande, la réduction des déplacements et ne propose rien pour décarboner l’industrie lourde. L’une de ses mesures, la baisse de la TVA sur l’électricité et temporairement sur les carburants, pourrait en outre augmenter les émissions de gaz à effet de serre de la France.

Yannick Jadot. Le candidat écologiste couvre la totalité des secteurs de la SNBC, avec des mesures cohérentes avec celle-ci. Parmi elles, Les Shifters mentionnent la production d’énergie d’origine 100% renouvelable, le calcul généralisé du bilan carbone des grandes entreprises pour orienter leurs décisions ou encore l’adaptation des emplois. Le candidat va parfois plus loin, comme avec son objectif de réduction de 65% des émissions importées à horizon 2050 (par rapport à 2005). Les Shifters identifient toutefois deux oublis, au regard de la SNBC. Son programme ne parle pas de l’abandon du chauffage au fioul ou au gaz fossile des bâtiments. Autre manque : les secteurs industriels « particulièrement émetteurs » de la chimie et de la construction ne sont pas traités dans son programme.

Jean Lassalle. Le programme du député des Pyrénées-Atlantiques ne « s’inscrit pas dans une trajectoire de décarbonation de l’économie française », notent Les Shifters. Si certaines mesures sont cohérentes avec la Stratégie nationale bas carbone, comme le développement du nucléaire et des énergies renouvelables, des secteurs entiers sont « absents du programme », comme la rénovation énergétique des bâtiments ou les régimes alimentaires. Certaines mesures, comme la baisse de la TVA sur les hydrocarbures, vont même à l’encontre des objectifs climatiques de la France.

Marine Le Pen. Le programme de Marine Le Pen n’aborde que « de façon partielle » les objectifs annoncés de la SNBC, analysent Les Shifters. Certaines promesses suivent ses orientations, comme la décarbonation de la production d’énergie, le soutien au transport ferroviaire et à l’agriculture bio, la volonté de « réhabiliter » les logements… Mais certains sujets, comme la gestion des sols ou la baisse des émissions de l’industrie, sont peu traités. D’autres mesures vont à l’encontre des objectifs de la SNBC, comme l’arrêt des projets éoliens et la baisse de la TVA sur toutes les énergies.

Emmanuel Macron. Les propositions du président sortant sont « généralement cohérentes avec la SNBC », comme sa volonté de construire de nouveaux réacteurs nucléaires ou de décarboner l’industrie lourde. Mais si le candidat fixe des objectifs précis, les moyens d’y parvenir sont rarement précisés. Il mise « surtout sur la technologie », notamment dans les transports, ce qui « laisse des incertitudes quant à la réalisation de la décarbonation dans les délais ». La sobriété est absente de son programme, tout comme le développement du ferroviaire, la réorientation des subventions et investissements défavorables au climat, l’accompagnement social de la transition ou encore la préservation des sols.

Jean-Luc Mélenchon. Son programme est complet sur l’environnement, puisqu’il « couvre la totalité des secteurs », et Les Shifters le jugent « cohérent » avec la Stratégie nationale bas carbone. Ils relèvent qu’il présente « un plan d’investissement complet, une gouvernance et la mise en place d’une planification concertée pour favoriser leur mise en œuvre ». Le candidat de La France insoumise est l’un des rares à traiter de la consommation de viande et propose notamment la sortie de l’élevage industriel. « Quelques angles morts » sont identifiés mais, dans l’ensemble, Les Shifters soulignent que son programme « se distingue par l’intégration forte de l’enjeu de justice sociale à celui de la transition bas carbone » par la suggestion d’« un ralentissement de la société » et « de multiples propositions autour de ces enjeux à l’échelle internationale ».

Jean-Luc Melenchon

Valérie Pécresse. Son programme couvre une majorité des secteurs de la Stratégie nationale bas carbone. Plusieurs objectifs cohérents avec la feuille de route française sont annoncés dans le texte : la transition de la production d’électricité, la décarbonation des transports, la rénovation des logements, l’évolution des pratiques agricoles… Mais Les Shifters estiment que son programme comporte « assez peu de mesures permettant l’efficacité énergétique et la sobriété des usages » et notent que Valérie Pécresse ne s’intéresse pas à la décarbonation des filières industrielles les plus émettrices. Selon eux, « la capacité pour la candidate d’atteindre son objectif de neutralité carbone interroge ». »

Philippe Poutou. S’il est concis, le programme du candidat du NPA n’oublie pas d’aborder « en partie les questions de décarbonation », relèvent Les Shifters. Plusieurs objectifs sont cohérents avec la Stratégie nationale bas carbone, comme celui de planifier et centraliser la mise en place de la transition écologique. L’attention sur les transports, les objectifs forts en matière d’isolation et d’arrêt de l’artificialisation des sols ou encore la protection des sols agricoles vont également dans le sens de la SNBC. Le programme « ne couvre toutefois que peu les grandes lignes » de la feuille de route française pour respecter l’accord de Paris, tempèrent Les Shifters. Des sujets ne sont pas traités comme les déchets et la recherche. De plus, l’objectif de sortir du nucléaire et des énergies fossiles d’ici à dix ans est jugé trop court.

Fabien Roussel. Pour Les Shifters, le programme de Fabien Roussel est « contrasté ». D’un côté, une « volonté forte pour la décarbonation et un plan d’ampleur au niveau européen » respectant les grandes lignes de la Stratégie nationale bas carbone. Le candidat communiste veut par exemple mobiliser 140 milliards d’euros par an pour le climat. De l’autre, il n’évoque pas la sortie des énergies fossiles pour les transports, pourtant le secteur le plus émetteur de gaz à effet de serre en France, et veut mettre l’accent, en matière d’énergies renouvelables, sur l’hydraulique, alors que notre pays est déjà proche du maximum possible en matière de barrages. Enfin, certaines mesures laissent perplexe, comme lorsqu’il affirme que la consommation d’essence va diminuer en même temps que la baisse des prix des carburants.

Eric Zemmour. Le candidat de Reconquête ! ne couvre « que de façon partielle » les objectifs fixés par la Stratégie nationale bas carbone, d’après Les Shifters. Certaines mesures vont dans le sens de la feuille de route établie par la France : celles en faveur de la réindustrialisation, la mise en place d’une taxe carbone aux frontières, le développement des transports en commun ou celles contre la construction de nouvelles grandes surfaces à l’entrée des villes. Mais certains axes majeurs sont absents : la réduction des énergies fossiles, la décarbonation de l’industrie, la sobriété ou la sensibilisation à ces enjeux. D’autres mesures, selon Les Shifters, peuvent « être jugées contre-productives » comme celles pour soutenir l’automobile.

Eric Zemmour

 

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