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Election présidentielle : La mobilité au cœur des enjeux pour les candidats

Six candidats à l’élection présidentielle ont répondu au désormais traditionnel questionnaire de TDIE sur leur projet de politique en matière de transports. Le think-tank se déclare impressionné par la qualité des réponses apportées, regrettant d’autant plus l’absence de retour du président-candidat.

En présentant le 24 mars les réponses au questionnaire qu’il a adressé le 16 février aux candidats à l’élection présidentielle, TDIE déplore que le candidat Emmanuel Macron n’ait pas apporté sa contribution. « Une déception », avoue Philippe Duron, co-président de ce think-tank. Elle a toutefois été contrebalancée par la qualité des contributions reçues d’Anne Hidalgo, de Yannick Jadot, de Marine Le Pen, de Jean-Luc Mélenchon, de Valérie Pécresse et de Fabien Roussel – la réponse de Nathalie Arthaud ayant laissé plus circonspect* –, saluée par tous les intervenants.

La connaissance du milieu des transports fait plaisir. «Même s’il ne constitue pas la préoccupation première des grands chefs, leurs représentants savent de quoi ils parlent. Dans ce contexte, l’absence de propositions du président candidat gêne un peu», confesse Louis Nègre, l’autre co-président de TDIE.

Les candidats ayant répondu à la sollicitation trouveront sans doute motif de satisfaction en considérant le travail d’analyse et de synthèse accompli à bref délai par les membres du conseil scientifique du think-tank, qui tirent plusieurs enseignements éclairants.

Philippe Duron insiste d’emblée sur deux phénomènes: « la nécessité et l’urgence de la décarbonation des transports fait désormais consensus et la route n’est plus un sujet politiquement incorrect ». Deux véritables nouveautés. « La participation des transports à la lutte contre le changement climatique n’était encore qu’un sujet secondaire en 2017 », souligne Dominique Auverlot, chef du département développement durable au commissariat général à la stratégie et à la prospective. Quant à la voiture, Caroline Daude, chargée de la recherche à la direction de la voirie et des déplacements de la ville de Paris, relève que « tous les candidats se rejoignent pour dire qu’on ne pourra pas faire sans – alors que c’était encore un objet clivant lors des dernières municipales » (la même conclusion s’imposant pour le transport routier de marchandises, « élément incontournable des chaînes logistiques »).

Si les candidats reconnaissent que la voiture restera encore longtemps le mode dominant, ils entendent néanmoins le faire évoluer, que ce soit via les infrastructures (Valérie Pécresse propose de faire des autoroutes des centres de production d’énergie verte et d’expérimenter leur électrification), les usages (covoiturage, etc.) ou le véhicule lui-même. Ou encore via la limitation de l’étalement urbain – pour diminuer les distances parcourues –, promue par plusieurs candidats, à l’exception de Marine Le Pen.

Autre consensus souligné par Philippe Duron, « le refus d’une limitation de la mobilité ». « La mobilité est perçue comme un droit, qui se traduit par un refus général de politiques de rationnement », souligne TDIE. Un principe qui souffre toutefois quelques exceptions.

Le candidat Jadot entend ainsi faire évoluer les ZFE-m (que les candidats Le Pen, Roussel et Mélenchon veulent supprimer, et la candidate Pécresse reporter) vers des « zones à trafic limité », où l’accès n’est possible qu’en cas de « raisons impératives ». Il entend également interdire les vols intérieurs quand il existe une alternative de moins de 4h en train, comme Jean-Luc Mélenchon et Fabien Roussel. Il est également le seul à avancer la date d’interdiction de vente des véhicules thermiques à 2030.

Alors que « le pouvoir d’achat s’impose comme l’un des thèmes majeurs de la campagne », TDIE note en outre le fait que « l’ensemble des candidats a préféré présenter des mesures d’incitation pour favoriser l’usage de modalités plus propres, plutôt que le paiement des externalités par les consommateurs ». « 

«Les bonnets rouges plus les gilets jaunes ont rendu la question très dangereuse », rappelle le professeur Michel Savy, qui souligne que si « le principe pollueur-payeur est compris, personne ne prend le risque de s’y engager ». Quand ils sont mentionnés, les péages urbains font ainsi l’objet d’un refus. En revanche, les « candidats sont explicitement favorables au maintien du versement mobilité », même si Valérie Pécresse se distingue en appelant à ne pas l’augmenter. La présidente de la région Île-de-France est aussi la seule à ne pas promettre une baisse à 5,5% de la TVA sur les transports collectifs, estimant qu’elle impacterait trop fortement les finances publiques. On relèvera encore que les candidats Pécresse – moyennant un dispositif de soutien –, Hidalgo et Jadot sont favorables à la mise en place du système d’échange de quotas d’émission pour le transport routier, sujet pourtant hautement inflammable.

L’on ne sera donc pas surpris qu’aucun candidat « ne réponde de manière véritablement satisfaisante à la question de l’équilibre entre les ressources et les dépenses », souligne TDIE. Côté dépenses, les candidats rivalisent d’ambitions et de moyens (de papier, pour l’heure), entre autres pour regénérer/moderniser l’ensemble des réseaux – « la route ne se porte pas bien », rappelle Louis Nègre. Singulièrement le réseau ferroviaire, qui ressort grand gagnant, tant pour les voyageurs que pour le fret.

Le vélo fait aussi l’objet de toutes les attentions, et « ne constitue désormais plus un sujet clivant, comme lors des municipales », les candidats Mélenchon, Hidalgo, Jadot et Roussel étant ceux qui mettent en avant l’évolution des infrastructures pour favoriser sa pratique. Côté recettes, Dominique Auverlot relève que « le point est moins bien traité », même s’il concède que « la plupart des candidats cherchent des solutions ».

Sans surprise, des lignes de fracture fortes subsistent entre les candidats, notamment à l’égard du rôle du marché (renationalisation du transport ferroviaire et suppression de l’ART pour Jean-Luc Mélenchon, par exemple) et de l’État. Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, et dans une moindre mesure Fabien Roussel et Yannick Jadot, sont ainsi favorables à un renforcement de l’État face aux régions, alors que Valérie Pécresse souligne notamment la capacité de ces dernières « à faire mieux et moins cher que SNCF Réseau, dès lors qu’on leur laisse plus de souplesse et que l’on simplifie drastiquement la doctrine de gestion », et qu’Anne Hidalgo plaide pour un nouvel acte de décentralisation.

Velo dans le train

Une même ligne de partage se retrouve peu ou prou à l’égard du partage de compétences entre communes et intercommunalités. Jean-Luc Mélenchon, qui déclare que les lois Notre, Maptam et LOM « ont affaibli les communes », juge que la compétence voirie ne doit pas être transférée aux EPCI ou AOM, contrairement à Valérie Pécresse, qui estime que « le transfert de la voirie et du stationnement peut faire sens vers les intercommunalités et les AOM urbaines, mais pas aux AOM régionales, […] si l’intérêt est partagé par les collectivités concernées ».

Marine Le Pen se rapprochant davantage du premier (privilégiant la mutualisation volontaire), Anne Hidalgo et Yannick Jadot de la seconde. Fabien Roussel proposant pour sa part des « assises de la démocratie territoriale » pour décider d’une « nouvelle architecture territoriale tout en assurant l’unicité des règles ».

* Les autres candidats n’ont pas répondu.

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