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Elections régionales: L’Ordre régional des experts-comptables propose une confrontation pertinente des propositions économiques des différentes listes

A l’occasion du baromètre sur les résultats des TPE/PME de la région Sud par secteurs à la fin du premier trimestre 2021, l’Ordre des experts-comptables de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, présidé par Colette Weizman, a convié les candidats aux élections régionales à réagir sur la situation des TPE/PME et à préciser les différentes actions de leur programme économique destinées à les soutenir et les accompagner.

Une rencontre singulière

Le rendez-vous n’est pas banal, loin s’en faut ! La rencontre fut indéniablement difficile à organiser. Néanmoins, le pari lancé par l’ordre régional des experts-comptables, sous l’égide de sa dynamique présidente Colette Weizman, fut totalement réussi.

Les responsables de cinq listes ont répondu à cette sollicitation et l’ont fait avec brio. Seule fausse note au tableau, l’absence de Jean-Laurent Félizia, le leader du Rassemblement écologique et social, qui avait pourtant accepté de participer initialement et qui ne s’est pas présenté… !

Franck Allisio pour le Rassemblement national, Bernard Kleynhoff pour la liste LR, Jean-Marc Governatori, tête de liste L’écologie au centre, représentant Cap Ecologie et le parti animaliste ainsi que deux autres candidats en lice, Hervé Guerrera avec Oui à la Provence et Bernard Sensi avec la liste Un autre monde représenté par Carol Boulanger, ont répondu présents.

C’est une opération initiée fort intelligemment par l’Ordre des experts-comptables et remarquablement organisée par Malika Touati, sa directrice générale, avec le soutien précieux de Laurent Weil et de Marion Alcazar, de l’agence Bleu Dixit. Les professionnels du chiffre et du conseil ont eu deux raisons majeures pour mettre en place cet événement. «Les experts comptables sont tout d’abord au cœur de l’économie et de la société. Il nous est apparu indispensable d’interroger les candidats sur un thème majeur, l’économie et la situation des TPE/PME dans un contexte si particulier», a relevé Colette Weizman, présidente du Conseil régional de l’ordre des experts-comptables.

Un contexte de relance

Les Conseils régionaux ont une compétence essentielle à savoir l’économie. En 2021, plus de 95% des entreprises sont des TPE et des PME. «On m’a dit que l’économie est au bord du gouffre, que les entreprises sont au bord de l’asphyxie. Le tableau est moins sombre que ce l’on nous dit. Les entreprises sont très réactives et sur les starting blocks», a confié Colette Weizman, en prélude aux débats. Ce sont d’ailleurs des bons chiffres avec un nombre d’entreprises qui a cru entre le 1er janvier 2021 et le 31 mai de 26 600.

Le baromètre trimestriel qui résulte de toutes les données acquises selon un flux en temps réel confirme les tendance positives. Après une année 2020 marquée par la crise sanitaire, l’activité des TPE/PME est repartie à la hausse au premier trimestre 2021. «Le chiffre d’affaires a progressé de 6,6% par rapport à 2020 et ce, malgré les mesures prophylactiques encore contraignantes, et l’on a constaté une augmentation des bénéfices. Les entreprises se sont maintenues et sont plutôt en bonne santé. L’Ordre des experts-comptables cultive l’optimisme face aux oiseaux anxiogènes», a évoqué Colette Weizman.

Cinq des six départements ont retrouvé le chemin de la croissance même si les résultats sont comparés à ceux du premier trimestre 2020 où les effets de la crise se faisaient déjà sentir. L’augmentation de la croissance de 6,6 % de la région Sud se traduit par de bons résultats de la construction de +11,7%, la maçonnerie générale de +12,9% et le commerce avec +16%. Les activités fortement impactées par la crise sont le tourisme, l’événementiel, la culture. Les aides avec un coût fixe ont permis de survivre et de se préparer à la relance. «Les conditions d’un rebond sont réunies. L’envie est là avec un réel esprit d’entreprendre» a souligné Colette Weizman. Puis elle a rajouté «Il s’agit à présent d’encourager les TPE/PME avec un objectif de revenir rapidement vers le plein emploi.»

Une vision divergente

La Région a signé un contrat avec l’Etat pour la relance. Cependant, plusieurs secteurs ont été touchés comme le tourisme.

Pour les différents candidats, les propositions relatives au tourisme, s’avèrent très différentes.

Franck Allisio, représentant le RN, suggère la création d’un CRT des Alpes pour développer le tourisme de montagne et une aide aux communes proches d’un grand événement afin qu’elles puissent bénéficier des retombées induites.

Hervé Guerrera milite pour une région Provence, un nom connu sur le plan international, source de retombées économiques. Il plaise pour un rééquilibrage régional sur un plan économique et industriel et pour un tourisme durable mettant en valeur la langue provençale.

De son côté, Jean-Marc Governatori, titulaire d’un trophée de l’emploi, suggère que sur les 5,1milliards d’euros du plan de relance, 1,7 soit réinvestis d’emblée. La région dotée de nombreux atouts doit générer des retombées économiques et de facto culturelles. Il a proposé également de mutualiser l’assurance et la mise en place d’une plateforme de financement participatif.

Bernard Kleynhoff a évoqué la situation des boites de nuit qui restent fermées. Il y a besoin pour lui d’accompagner les acteurs économiques. Les financements ne viendront pas que du contrat de plan. L’urgence est de faire face au mur de la dette. L’attractivité est le moteur du développement.

De son côté, Carol Boulanger, retraité de la Banque de France et représentant la liste Un autre monde estime qu’il est indispensable avant tout de consulter les citoyens.

Transition écologique

En matière de transition numérique et environnementale, Colette Weizman a demandé aux candidats leurs propositions pour accompagner les entreprises.

Franck Allisio a mis en exergue Industrie 4.0 et l’aide à la digitalisation. «Il n’y a de richesse que d’homme», a t-il martelé. Il a proposé la création d’un campus sur la recherche et en particulier de l’intelligence artificielle. Il s’avère nécessaire d’introduire, selon lui, des clauses environnementales sur l’attribution des marchés publics. Il a, in fine, mis en avant le protectionisme de la Suisse, pays qui n’est pourtant pas dans l’Union européenne.

Hervé Guerrera a souligné les questions liées au au haut débit, à son usage. Il s’est érigé contre la ligne nouvelle et a prôné un vrai service public permettant de créer des emplois. Il s’est indigné sur l’absence d’un pôle de compétence transport dans la région.

Jean-Marc Governatori a estimé qu’il est nécessaire de faire de la pédagogie sur la transition numérique. Par contre, la transition environnementale est vitale à la fois pour la santé et l’emploi. En la matière, l’énergie solaire permet de créer des emplois. Le secteur du bâtiment peut développer les énergies renouvelables. Il faut selon lui coordonner les fonds financiers et mieux travailler avec les syndicats et les Chambres de Commerce et d’Industrie.

Bernard Kleynhoff a mis en avant la Cop d’avance, épine dorsale du développement régional. En matière de transition écologique, 1,6 milliard est consacré à la Cop d’avance. La transition numérique est, par contre, imposée par la vie des citoyens. Elle est source de progrès. Il est indispensable de lancer les Etats généraux de la relance. Le développement économique doit se faire par et pour les entreprises.

Pour Carol Boulanger, un état des lieux doit s’effectuer préalablement afin de déterminer quels sont les projets à mettre en œuvre et ensuite d’accompagner les nouveaux projets.

Une épargne colossale

Colette Weizman a évoqué l’épargne. Ce sont 230 milliards d’euros qui dorment sur les comptes bancaires. «Un choc de consommation est nécessaire pour utiliser ce bas de laine historique.»

Franck Allisio milite pour un patriotisme économique de la région, au cœur du projet, notamment avec un label 100% PACA. Il a illustré son propos avec un vélo conçu dans la région. Il désire transformer le fonds d’investissement en fonds souverain ouvert à tous les épargnants.

Hervé Guerrera souhaite que l’épargne soit drainée vers un investissement producteur. L’épargne se construit avec la citoyenneté. Il s’agit de répondre à l’urgence climatique et sociale.

Le mot consommation est insuffisant. Il préfère le consommateur avec une prise de conscience de l’acte d’achat.

De son côté, Jean-Marc Governatori a estimé: «Cela fait soixante ans que le pays fait de la croissance économique. Ce n’est pas la solution. Il ne faut pas faire de la consommation pour de la consommation. La société doit être dans le plein emploi.» Il faut selon lui développer les économies renouvelables, l’économie circulaire, les fermes paysagères.

Bernard Kleynhoff entend favoriser la consommation locale, les circuits courts et in fine développer l’attractivité économique. Il souhaite créer des fonds alimentés par l’épargne publique.

Carol Boulanger a fait le constat que tous les français ont épargné pour répondre à la situation actuelle. Il faut participer à l’éveil de la consommation et mettre en avant toutes les richesses.

La jeunesse, un réél atout

Sur le sujet de la jeunesse, Colette Weizman a demandé aux candidats leurs préconisations pour encourager et favoriser l’emploi des jeunes.

Il est important pour Franck Allisio d’aider les entreprises à recruter les jeunes et en particulier des apprentis. Cela s’opère selon lui par une adéquation entre les entreprises et leurs besoins mais aussi une garantie à 100% du prêt et surtout un programme de relocalisation.

Hervé Guerrera affirme que la jeunesse n’est pas un monolithe mais un état précaire. Il convient de favoriser le bien-être des jeunes, marche pied pour l’emploi. L’augmentation du prix de la carte Zou étudiant de 150% est supportable pour lui. Il faut favoriser la gratuité de cette tranche d’âge au transport public.

Jean-Marc Governatori a mis en exergue le besoin de sens, de fraternité, de responsabilité dans une société équilibré. Il prône la mise en place d’un revenu universel dans le cadre d’une activité d’intérêt général et à temps partiel. Le plein emploi et la sécurité des biens et des personnes sont prioritaires.

Bernard Kleynhoff a exposé plusieurs mesures, et tout d’abord un chèque pour les entreprises qui prennent des stagiaires ou des apprentis. Il souhaite dès lors une augmentation du nombre d’apprentis passant de 27 000 à 35 000.

Carol Boulanger préconise un état des lieux préalable. Un premier travail de connaissance s’avère indispensable pour déterminer les besoins spécifiques.

Pour Colette Weizman, il y a un choc de consommation. Pour relancer le pays, il faut acheter local, français, européen. Un partenariat a été signé entre le CROEC et la région Sud avec l’opération «Un jeune, un emploi.» Les experts-comptables sont mobilisés dans ce combat.

Synthèse des propositions

Les différents candidats ont exposé les grandes lignes de leur projet.

Pour Franck Allisio, il y a trois grands piliers. La Région, stratège doit avoir une vision à long terme avec des missions, de grands chantiers dans le BTP et une politique de relocalisation. Elle doit œuvrer pour le développer de ses entreprises L’économie doit être enracinée par sa culture, son patrimoine.

De son côté, Hervé Guerrera souhaite favoriser le contrôle des citoyens de l’argent public. La liste citoyenne doit rechercher à développer des espaces pertinents, les terres agricoles, les zones à protéger et développer les échanges internationaux.

Jean Marc Governatori a mis l’accent sur l’autonomie et à la fois alimentaire et énergétique. La société est pour lui dans une impasse. Des actions simples sont à entreprendre comme les systèmes d’échanges locaux, les jardins potagers.

Bernard Kleynhoff estime qu’il faut construire, à côté du plan de relance nationale, un plan de reconquête. Il faut accompagner les entreprises pour les aider et construire des solutions avec elles. De son côté, Carol Boulanger estime qu’il faut demander aux citoyens quelles sont ses envies. Il faut recréer du lien et la confiance sera alors retrouvée et l’économie repartira.

En clôture de cette rencontre, Colette Weizman a estimé que la relance est déjà là. «Nous sortirons de la crise encore plus fort. C’est une nécessité pour tous d’aller de l’avant

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