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Elisabeth Borne, la nouvelle Première ministre nommée par Emmanuel Macron

Ministre depuis 2017 des gouvernements Philippe et Castex, cette femme « techno » était citée depuis longtemps pour entrer à Matignon. Femme, de gauche et ayant la fibre écologiste, l’ancienne patronne de la RATP, âgée de 61 ans, cochait plusieurs cases désirées par Emmanuel Macron.

Emmanuel Macron a aujourd’hui fait son choix. Pour remplacer Jean Castex à Matignon, le président de la République a nommé, lundi 16 mai, Elisabeth Borne, qui occupait jusqu’alors le portefeuille du Travail, de l’Emploi et de l’Insertion. Son nom circulait depuis la victoire d’Emmanuel Macron à la présidentielle en raison de son CVqui cochait plusieurs cases.

Le chef de l’Etat souhaitait un profil résolument attaché à la question sociale, à la question environnementale et à la question productive. Il souhaitait également confier les rênes du gouvernement à une femme, trente ans après Edith Cresson, seule femme à avoir occupé le poste en France jusque-là. Franceinfo vous détaille cinq choses à savoir sur la nouvelle Première ministre.

 

Il suffit de jeter un coup d’œil à son CV universitaire pour s’en convaincre. Ancienne élève de l’Ecole polytechnique de al promotion 1981, ingénieure diplômée de l’Ecole nationale des ponts et chaussées, Elisabeth Borne n’est pas passée par l’ENA, parcours classique des grands serviteurs de l’Etat.

Née en 1961 à Paris d’une mère pharmacienne et d’un père qui mourra onze ans plus tard, elle a gravi patiemment tous les échelons de la République. « Ça n’a pas été toujours simple, j’ai perdu mon père quand j’étais très jeune, et on s’est retrouvées avec ma mère qui avait deux filles », raconte-t-elle.

Elle a débuté sa carrière en 1987 au ministère de l’Equipement, avant de rejoindre divers cabinets ministériels et de se voir nommer préfète de la Vienne et de la région Poitou-Charentes en février 2013 – elle est la première femme à occuper ce poste.

Son parcours dans la haute fonction publique lui vaut cette image de « bonne technicienne », mêlant la discrétion et la fidélité envers le président. « Borne, elle coche la case compétence, la case loyauté, ensuite il faut gérer une majorité, ce n’est pas si facile, ça demande un peu de pâte humaine », confiait récemment un ministre à franceinfo. Car Elisabeth Borne est réputée comme plus intéressée par le fond des dossiers que par le jeu politicien.

Mais elle revendique sa propre recette. « Courir sur les plateaux télé pour lancer des punchlines, ce n’est pas ma méthode et cela ne le sera jamais », confie-t-elle.

La nouvelle locataire de Matignon va devoir désormais démontrer sa capacité à animer une équipe gouvernementale, elle qui n’avait jamais été candidate à une élection jusque-là – elle brigue lors des législatives la circonscription de Vire-Evrecy, dans le Calvados.

« Je suis une femme de gauche. La justice sociale et l’égalité des chances sont les combats de ma vie », assurait Elisabeth Borne. Au sein du gouvernement, elle a rejoint dès 2020 le parti Territoires de progrès, qui regroupe des macronistes de gauche. Elle conteste la version selon laquelle la majorité pencherait à droite. « Aider chacun à s’émanciper par le travail, c’est une valeur de gauche », explique-t-elle.

Longtemps proche du PS, Elisabeth Borne a travaillé au contact de plusieurs personnalités de gauche lors de ses passages dans les cabinets ministériels. Conseillère au ministère de l’Education nationale auprès de Lionel Jospin puis de Jack Lang dans les années 1990, elle a ensuite suivi le premier à Matignon, où elle s’est occupée de la thématique des transports pendant cinq ans.

Elle a également été directrice générale de l’urbanisme à la mairie de Paris sous Bertrand Delanoë entre 2008 et 2013, période pendant laquelle elle se rapproche d’Anne Hidalgo.

En tant que préfète de la région Poitou-Charentes, elle rencontre également Ségolène Royal. Le courant passe bien et la présidente socialiste de la région l’emmène au ministère de l’Ecologie comme directrice de cabinet entre 2014 et 2015.

Si Elisabeth Borne a fait ses armes dans les arcanes ministériels, la polytechnicienne se frotte aussi au monde de l’entreprise. En 2002, elle est directrice de la stratégie de la SNCF avant de rejoindre la société Eiffage en 2007. Mais elle est surtout connue pour son passage à la RATP, qu’elle dirige entre 2015 et 2017. Deuxième femme à occuper ce fauteuil, elle « a notamment repris à son compte le plan lancé par son prédécesseur pour disposer d’un parc de bus 100% écologique (dont 80% à l’électrique en 2025), mais sans avoir le temps de lancer le premier appel d’offres majeur ». Deux ans, cela reste court à la tête d’une entreprise.

Elle laisse cependant un bon souvenir au syndicat Unsa-RATP, qui a apprécié la « franchise » et la « volonté » de cette grande « commis de l’État », qui n’a pas eu à affronter de conflit social majeur. Pour Thierry Babec, responsable de ce syndicat, elle a su moderniser la RATP et lui a fait prendre « fortement le virage du numérique, avec la mise en place d’un département stratégie, l’investissement dans les véhicules autonomes, les prises de participation dans les start-up. » Régulièrement décrite comme « bosseuse » et « exigeante », elle n’a néanmoins pas laissé que de bons souvenirs.

Elisabeth Borne arrive au gouvernement dès mai 2017 en tant que ministre chargée des Transports sous la houlette de Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire. Elle impressionne à ce poste en conduisant l’un des premiers chantiers du quinquennat, l’épineuse réforme de la SNCF. Ouverture à la concurrence du transport ferroviaire, transformation du statut de l’entreprise, arrêt du recrutement au statut des agents… La réforme pousse les cheminots dans la rue. Ils font grève pendant 37 jours de mars à juin 2018. C’est l’un des mouvements les plus suivis dans le rail français depuis vingt ans.

Pourtant, le projet de loi est définitivement adopté le 14 juin 2018. « Emmanuel Macron lui sait gré d’avoir tenu tête aux syndicats les plus contestataires, elle en est devenue la bête noire– au moment où le pays s’est retrouvé plongé dans sa plus longue grève depuis 1995 ».

Le 16 juillet 2019, Elisabeth Borne remplace au pied levé François de Rugy, enferré dans la polémique des homards, au poste de ministre de la Transition écologique et solidaire. Elle n’y reste qu’un an. Elle lance trois chantiers législatifs : la loi énergie-climat, la loi d’orientation des mobilités et la loi sur l’économie circulaire. Son bilan confirme la « politique des petits pas », Elisabeth Borne n’ayant pas « réussi à mettre la protection de l’environnement au cœur des décisions du gouvernement ».

Avec l’arrivée de Jean Castex à la tête du gouvernement, elle change de portefeuille pour celui du ministre du Travail, de l’Emploi et de l’Insertion. Elle est notamment chargée de deux grandes réformes majeures, celle des retraites et celle de l’assurance-chômage. Si la première n’aboutit pas, la seconde entre bien en vigueur en décembre 2021. Son ancien collègue au gouvernement Christophe Castaner lui a pour cela trouvé un surnom flatteur : « Ministre des réformes impossibles rendues possibles ».

Il ne faut pas y voir de métaphore politique, mais Elisabeth Borne aime se ressourcer lors de randonnées dans le désert. Son plus beau souvenir reste la découverte de Wadi Rum, en Jordanie, comme elle le confie au journal L’Alsace. « Un désert extraordinaire. Quand vous êtes à Petra, vous avez des couleurs rouges, vertes, bleues… C’est magique ! »

Mais cette mère de famille divorcée, surnommée Babette par les Jeunes avec Macron, s’accorde assez peu de respirations. Une manière d’insister sur sa capacité de travail souvent louée par son entourage. Mais la ministre ne dit pas non de temps en temps à une pièce de théâtre, un opéra ou un roman, avec un faible pour le Finlandais Arto Paasilinna et Sorj Chalandon.

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