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Entre compost et gaz vert, le formidable potentiel des biodéchets

À partir du 1er janvier 2024, la France devra valoriser en compost ou gaz vert 12 millions de tonnes de biodéchets chaque année. Un gisement extraordinaire pour la transition écologique qui nécessite cependant un important travail en amont pour organiser et structurer au niveau local les filières.

En France, nous produisons collectivement 12 millions de tonnes de biodéchets chaque année. Épluchures, restes alimentaires ou encore invendus représentent ainsi un tiers du volume de nos poubelles. Hier, ces 12 millions de tonnes de déchets organiques terminaient leur vie à l’enfouissement dans les décharges. Un enfouissement problématique puisqu’il provoque la fermentation de ces déchets organiques et crée les conditions favorables à l’émission de méthane dans l’atmosphère. Or, le méthane est un gaz à effet de serre au pouvoir de réchauffement global 25 fois supérieur à celui du CO2.

Par ailleurs, l’enfouissement des biodéchets représente une fin de vie absurde pour cette matière qui représente une ressource formidable pour de nombreux acteurs dans le secteur agricole ou la production d’énergie. Une ressource formidable car, lorsqu’ils sont collectés, triés et traités correctement, ils vont servir de gisement pour la création de compost et de fertilisant pour les sols. Une solution qui permet de réduire la part d’engrais azotés utilisés par les exploitants agricoles. Il s’agit également d’une ressource qui peut être utilisée pour la création de biométhane afin de se substituer au gaz naturel fossile.

Demain, nous serons donc amenés à valoriser nos 12 millions de tonnes de biodéchets qui seront transformés en gaz vert ou en compost. Une transition qui est d’ailleurs déjà à l’oeuvre aujourd’hui dans certaines collectivités et qui se traduit également dans la loi. Ainsi, depuis 2016, les producteurs non ménagers de plus de 10 tonnes de biodéchets par an sont déjà soumis à l’obligation de tri à la source de cette ressource. Un seuil qui passera à 5 tonnes par an au 1er janvier 2023 conformément à la Loi AGEC.

Enfin, à partir de 2024, le tri à la source des biodéchets deviendra obligatoire pour tout le monde (particuliers comme professionnels), ce qui va augmenter le gisement à l’échelle nationale et permettre d’accroître considérablement nos ressources en matière de compost et de gaz vert.

Le compost, c’est également ce que propose la start-up les alchimistes qui valorise des biodéchets via des unités de compostage installées directement en ville. Elle s’adresse à tout type d’acteurs (restaurants, grandes surfaces, cantines, hôpitaux, EHPAD) mais aussi directement aux collectivités. Le compost créé par l’entreprise est ensuite revendue aux collectivités ou aux agriculteurs locaux. L’entreprise est présente, pour le moment, à Paris, Lyon, Marseille, Toulon, Toulouse, Lille et Nantes. Elle est représentative d’un nombre croissant d’initiatives similaires (la tricyclerie à Nantes, les détritivores à Bordeaux ou encore OuiCompost à Lyon).

Des initiatives qui vont devoir se structurer rapidement afin d’absorber le volume total qu’il faudra traiter à partir de 2024. En région Pays de la Loire, Nantes Métropole a récemment quantifié ce gisement sur son territoire : 51 000 tonnes de biodéchets y sont produits chaque année par environ 650 000 personnes, soit une production qui permettrait à la métropole de faire rouler au biométhane 50% de sa flotte de bus ; ou d’amender en compost local 30% de sa surface métropolitaine agricole.

Cependant, capter et valoriser ce gisement représente un véritable défi pour les collectivités qui vont devoir s’organiser avec les acteurs locaux afin de structurer leur approche sur ce sujet. L’agence alerte notamment sur la nécessité de penser la collecte en double-flux (biodéchets emballés et nus) et de prévoir en amont les opérations dé déconditionnement pour séparer le biodéchet alimentaire de son emballage, mais aussi d’anticiper l’éventuelle installation de centres de massification et de créer en amont un lien avec le monde agricole ainsi que des actions de sensibilisation auprès du grand public comme auprès des entreprises.

Il est primordial de bien identifier sur le territoire les gros et très gros producteurs de biodéchets (supérieurs à 5 ou 10 tonnes), afin de maximiser déjà cette production.

Sur le territoire nantais, c’est par exemple le cas du Marché d’Intérêt National (MIN), qui est le second plus gros marché d’intérêt national de France derrière celui de Rungis, et qui travaille sur la méthanisation de ses biodéchets, en partenariat avec Veolia, depuis maintenant 3 ans. 568 tonnes de déchets alimentaires du MIN sont ainsi triées sur place puis valorisées chaque mois par méthanisation dans des installations locales.

Une tendance qui devrait d’ailleurs s’accélérer. En région Pays de la Loire, 11 méthaniseurs sur 25 peuvent traiter les biodéchets à l’heure actuelle mais, d’après GRDF, 23 unités supplémentaires permettront d’accélérer sur ce sujet d’ici 2025 afin d’accompagner les collectivités intéressées par cette méthode. Une méthode qui, – avec le biométhane produit par valorisation des effluents d’élevage et celui qui est obtenu par valorisation des boues d’épuration – devrait permettre de produire 27% de gaz renouvelable à l’échelle de la région d’ici 2030.

Alors que l’Europe fait face à une crise énergétique inédite depuis des décennies, cette valorisation des biodéchets en gaz vert démontre ainsi tout le potentiel de l’économie circulaire à la fois pour répondre aux enjeux environnementaux et pour répondre à notre autonomie énergétique. Il reste donc deux ans aux acteurs concernés pour accélérer l’organisation et la structuration de leurs filières afin de profiter au mieux, et au plus tôt, de ce formidable gisement.

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