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Guerre entre la Russie et Ukraine : les origines et les enjeux d’un conflit sur le continent européen

Depuis le 21 février 2022, l’armée russe s’est installée dans le Donbass, territoire ukrainien puis elle est entrée dans le pays. Entre l’Ukraine et la Russie, le conflit se développe au fil des jours.

En engageant les opérations militaires contre l’Ukraine, Vladimir Poutine a montré qu’il ne renonçait pas à la guerre pour réaliser son objectif: la reconstitution d’une sphère d’influence russe dans l’espace de l’ancienne Union soviétique.

Ancienne république soviétique devenue indépendante en 1991, l’Ukraine est un « état-tampon » située entre la Russie et l’Europe. Ses 44 millions d’habitants sont divisés : la majorité est pro-occidentale, alors qu’une minorité, russophone et habitant à l’Est, est dite « pro-russe ».

En 2005, l’élection du président pro-occidental Viktor Iouchtchenko marque les débuts du rapprochement entre Kiev, l’Union-Européenne et l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (alliance militaire créée en 1949 pour contrer « la menace soviétique »). En 2010, le nouveau président, Viktor Ianoukovitch, « pro-Moscou », refuse de signer l’’accord d’association avec l’UE.

Cette décision déclenche, en 2014, la révolution pro-européenne de Maïdan, violemment réprimée par les forces de l’ordre (environ 80 morts), mais qui finira par conduire à la chute du président Ianoukovitch. Une destitution considérée comme un « coup d’État » côté russe.

La guerre du Donbass

Toujours en 2014, la Russie décide de soutenir les séparatistes de l’est du pays qui viennent de proclamer la République populaire de Donetsk, puis celle de Lougansk.

La guerre du Donbass éclate alors. Vladimir Poutine en profite aussi pour annexer la Crimée, péninsule ukrainienne sur la mer Noire. Annexion qui sera approuvée par une écrasante majorité de la population locale (plus de 96 %) à l’issue d’un référendum condamné par la communauté internationale. Dans le Donbass, la situation se calme en 2015 avec les accords de Minsk qui actent le cessez-le-feu et rend possible pour les deux régions concernées de bénéficier d’un statut autonome au sein de l’État ukrainien.

Depuis 2020, l’Ukraine prend de plus en plus part aux exercices conjoints de l’Otan, ce qui est vécu comme une provocation côté russe. Ceux-ci affirment que les Occidentaux ne respectent pas « la promesse » qu’ils auraient faite de ne pas étendre l’Otan vers l’Est. Le dernier exercice, en mer Noire, a mis le feu aux poudres.

A la lisière du pays

Vladimir Poutine a alors décidé de masser ses troupes à la frontière pour exercer une pression et réunir, autour de la table, les Etats-Unis et l’Otan pour discuter d’une nouvelle stratégie de sécurité européenne ». Au mois de décembre, le courrier envoyé par Poutine aux Américains est resté lettre morte, raconte l’experte.

À l’époque, les Etats-Unis et l’UE se sont contentés de faire avancer la diplomatie sur la question du Donbass où le conflit perdure malgré les accords de Minsk. Ils ont pensé que régler ce problème était la condition première pour parler de sécurité européenne.

Mais, en attendant, les points clefs des Russes, c’est-à-dire la non-expansion de l’Otan à l’Est et la garantie que l’Ukraine et la Géorgie y entreraient jamais, ont été refusés catégoriquement par l’Otan. Vladimir Poutine a tout d’abord décidé de laisser ses troupes à la frontière et c’est là que le ballet diplomatique a commencé et que les Etats-Unis ont rapidement parlé d’invasion.

Des conflits préexistants

En reconnaissant l’indépendance des Républiques populaires de Donetsk de Lougansk, Vladimir Poutine a déclenché l’indignation de la communauté internationale. Ces deux territoires séparatistes pro russes – autoproclamées « République populaire », en 2014, à la suite de deux référendums – se situent dans la région du Donbass, dans l’est de l’Ukraine.

La zone connaît des conflits depuis huit ans entre séparatistes pro-russes et Ukrainiens. Conflits qui ont déjà fait plus de 14 000 morts. Ces Républiques autoproclamées sont disputées car très importantes économiquement : elles abritent de nombreuses mines de charbon. Combinées, elles s’étendent sur près 8000 m2 (la Corse en termes de superficie) et ont sensiblement le même nombre d’habitants : entre 1,5 et 2 millions.

Si les accords de Minsk en 2015 ont officiellement mis fin aux affrontements, les violations du cessez-le-feu se sont poursuivies. La guerre du Donbass est en réalité une guerre hybride qui ne s’est jamais arrêtée. La reconnaissance des deux entités séparatistes par le président russe entrave ces accords et laisse planer la menace d’une avancée de la ligne de front vers l’Ouest.

Selon Joe Biden, la décision prise par Vladimir Poutine de reconnaître l’indépendance des républiques séparatistes du Donbass et d’y envoyer son armée consacre le début d’une invasion russe. «Il existe une possibilité réelle de guerre en Europe« , a affirmé, Kamala Harris, vice-présidente des États-Unis. L’Allemagne a, de son côté, accusé la Russie de mettre en danger la sécurité de l’Europe avec des « exigences datant de la Guerre froide. L’inquiétude monte chez les Occidentaux.

Les forces en présence

Les Américains estiment qu’il y aurait entre 169 000 et 190 000 soldats russes à proximité. Côté ukrainien, après avoir annoncé ne pas avoir besoin de soldats étrangers pour faire face à la Russie, le président Zelensky a déployé près 100 000 militaires à ses frontières. Il a également enrôlé la réserve et des civils. Le Pentagone a, lui, annoncé qu’il allait envoyer « dans les prochains jours » 3 000 soldats américains supplémentaires en Pologne pour « rassurer les alliés de l’Otan ». Cela viendra presque doubler l’effectif américain dans ce pays qui, habituellement, en accueille environ 4 000.

 

Concernant l’équipement militaire,les Russes possèdent davantage de matériel, plus moderne, que celui de l’armée ukrainienne. Pour autant, cette dernière ne ressemble plus beaucoup à celle de 2014. Elle a été réformée et modernisée. Et puis, elle dispose d’armes apportées par les Occidentaux et notamment les Etats-Unis. On a des missiles javelins américains, des armes ont aussi été fournies par les Pays baltes et la Pologne, l’Allemagne et la France aussi.

Les sanctions possibles

Les pays occidentaux ont commencé à frapper la Russie au portefeuille. La mesure la plus forte pour le moment a été annoncée par Berlin, qui a gélé le gazoduc Nord stream II reliant la Russie à l’Allemagne et a promis que des sanctions européennes « massives et robustes » suivraient. La Russie est sous sanctions depuis 2014. Elles ne lui font pas peur. Le Kremlin sait les contourner et en tire même certains profits comme dans l’agriculture.

La question de l’énergie et du gaz en particulier est cruciale entre l’Europe et la Russie car elle porte une double dépendance. Le PIB russe repose à 30 % sur le gaz et le pétrole. Or l’Europe importe habituellement 40 % de son gaz de Russie par l’intermédiaire de Gazprom (30 % depuis janvier). La France, de son côté, importe 20% de gaz russe pour assurer son approvisionnement. Concernant les hydrocarbures, la Russie reçoit 50 % de ses devises de l’Europe dont la facture énergétique globale, avant la flambée des prix, était d’environ 300 milliards d’euros par an.

Si l’une ou l’autre partie coupe le robinet, elle se tire une balle dans le pied. Certains analystes voient aussi dans la crise actuelle l’occasion pour les Etats-Unis de bloquer la fourniture de gaz russe à l’Europe afin de favoriser les intérêts américains sur un marché où le Qatar serait également grand gagnant. Il existe aussi un versant nucléaire entre la France et la Russie qui pourrait donner lieu à rétorsion de la part de Moscou : de l’uranium français de retraitement est envoyé en Russie pour y être recyclé en Sibérie afin d’être réutilisé dans des centrales russes et françaises grâce à des contrats signés entre Orano (ex-Areva), EDF et l’entreprise publique russe Rosatom.

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