Le magazine de la vie politique dans la région Sud

club ethic eco 9

La laïcité, un sujet didactique source d’incompréhensions

Crée par le Conseil régional de l’Ordre des experts comptables, à l’initiative de son ancien président Mohamed Laqhila, le Club Ethic Eco a choisi en cette fin d’année 2020 tourmentée dans un contexte à la fois de crise sanitaire, économique et sociale mais aussi sociétale avec la loi sur la sécurité, de se pencher sur la laïcité, une notion mal comprise des citoyens et souvent sujette à nombreuses exégèses. Fort judicieusement, le club a évoqué le thème très pertinent sous l’intitulé «La laïcité a t-elle encore un sens?» avec un florilège d’invités de qualité, Ghaleb Bencheik, président de la Fondation de l’Islam de France, Marine Gueydan, chargée de mission des valeurs de la république au Rectorat et Jean-Michel Aupy, créateur du fameux livre géant sur la laïcité.

Le président Emmanuel Macron et le député Mohamed Laqhila

Inviter des personnalités de la société afin d’aborder ensemble des sujets qui nous interpellent, nous interrogent, bousculent nos certitudes et convoquent l’intelligence et les discours vrais. Tel était le parti pris de Mohamed Laqhila, président de l’Ordre des experts comptables en créant le Club Ethic Eco il y a quelques années. Le succès de cette opération était tel que Lionel Canesi, son successeur à la tête de cette instance ordinale et désormais Colette Weizman fraîchement élue, ont décidé de poursuivre. «L’objectif du Club Ethic Eco est de réunir tous les mois quelques personnalités choisies de notre environnement socio-économique régional, politiques, religieuses, associatives, intellectuelles et du monde de l’entreprise, le temps d’une pause-déjeuner, pour réfléchir conjointement à diverses sujets emblématiques», a rappelé Mohamed Laqhila, aujourd’hui député des Bouches-du-Rhône. Ainsi après l’éducation, l’alimentation, le sport, le choix judicieux de l’ordre des experts comptables s’est porté fort intelligemment sur la laïcité.

Un sujet récurrent

Parfois galvaudé, souvent dévoyé, ce terme est aujourd’hui peu compris et mal expliqué. Mais plus qu’un mot, cet idéal de société, né de révolutions et de hautes luttes, est aujourd’hui le cœur de notre vivre ensemble et le socle de notre maison commune : la République. «Il nous appartient à tous, collectivement, de la porter comme le véritable étendard contre l’obscurantisme. Si de nos jours la laïcité peut être perçue comme un frein à l’expression d’un culte, cette table-ronde permettra d’en démontrer le contraire. La Laïcité est garante de la Liberté, de l’Egalité et de la Fraternité. La Laïcité nous protège tous, déistes, croyants et athées, et nous unit dans nos différences et le respect des convictions de chaque individu», a souligné le député en préambule. Le sujet n’est pas récent. Il a déjà été traité à l’assemblée nationale. Il faut selon le député éviter de tomber dans le piège. «La grande majorité des terroristes islamistes, 91,82% de 1979 à 2019 ont été tués dans des pays musulmans». Aussi, il a insisté la loi de 1905 est une bonne loi mais qui n’est pas comprise. Le projet de loi préparé par le gouvernement confortant les principes républicains par ce que la laïcité est attaquée a montré la nécessité d’agir. Il semble selon lui que la loi n’est en fait pas appliquée sur le territoire français.

L’école, un lieu d’apprentissage

Interrogée en premier lieu, Marine Gueydan qui est spécialisée sur ces questions au rectorat d’Aix Marseille, a affirmé que la laïcité se construit jour après jour. «Nos équipes académiques qui œuvrent sur tout le territoire concernée interviennent à partir de choix politiques. Nous accompagnons les chefs d’établissements, les collègues et les familles sur la gestion de la laïcité dans les établissements scolaires et nous étudions les retombées qualitatives et quantitatives des actions de prévention.» Pour Colette Weizman, représentante de l’Ordre des experts comptables, il s’agit de fournir des éléments de compréhension indispensables sur cette notion. «Nous sommes des professionnels du chiffre mais derrière les vérités du chiffre, il faut voir ce qu’ils cachent. Nous avons un rôle de conseil auprès des chefs d’entreprise. Au-delà des objectifs en matière comptable et fiscal, nous apportons également des conseils sur le plan juridique, environnemental et sociétal.»

Colette Weizman

Une loi malmenée

Cette loi si souvent malmenée au fil du temps donne lieu à des débats très vifs. La loi de 1905 est pourtant pour Ghaleb Bencheikh, président de la Fondation de l’Islam de France, une bonne loi et a fortiori l’Art 1 relatif à la liberté et à la neutralité de l’Etat. «Si elle s’avère inadaptée, il ne faut pas être frileux à la toiletter, notamment sur des aspects techniques mais il ne faut pas toucher aux aspects essentiels concernant la séparation de l’Eglise et de l’Etat. On ne peut pas gouverner selon le désir politique de Dieu. On ne peut pas séculariser. Commençons par appliquer notre arsenal juridique. La loi suffit à elle-même et répond à toutes les situations.» Pour Marine Gueydan, qui intervient comme médiatrice, le dialogue s’avère essentiel. L’enjeu est pour elle d’éclaircir et de donner du sens. «La loi sur le voile de 2004 a souvent été écornée. Il y a le plus souvent atteinte à la laïcité avec le port de signes religieux.»

Marine Gueydan

Pour Jean-Michel Aupy, dessinateur, directeur de l’agence Hors Pistes et créateur du remarquable ouvrage «Le livre géant sur la laïcité», très accessible à tous, il s’avère indispensable que la laïcité soit portée incarnée par des acteurs comme les gardiens d’immeubles, les enseignants ou des responsables politiques. C’est le cas du député Mohamed Laqhila qui prend son rôle à cœur et s’implique avec abnégation pour mieux faire comprendre aux jeunes le sens de cette loi. «Nous essayons d’accompagner cette démarche d’information, en particulier dans les établissements scolaires. C’est par l’école que tout doit être fait.» Mais l’école privé ne permet pas selon lui de faire des véritables citoyens. «Epanouissons nous ensemble. C’est dans l’école de la République que nous pouvons acquérir le vivre ensemble. Une loi si elle a été voté, même à 51%, doit être appliquée.» Pour Colette Weizman, il convient d’instaurer des formations dans les cabinets comptables pour éviter les dérives et les mauvaises interprétations de la loi.

Le sens de la loi

Il faut, pour Marine Gueydan, distinguer les différents types d’écoles, l’école privé sous contrat et l’école privé qui n’est pas sous contrat car la première est sous la responsabilité de l’Education nationale et l’autre pas. Il faut établir une différence aussi entre neutralité et laïcité. Il y a trois principes qui sont essentiels à savoir la liberté de croire ou de ne pas croire, la séparation de l’Eglise et de l’Etat et l’égalité de tous. «Nous sommes tous égaux et nous avons tous des droits et des devoirs face à la loi. La liberté garantit la liberté de manifester sa religion», a t-elle insisté. Ghaleb Bencheikh estime qu’il y a un besoin d’investissement intellectuel pour aider l’institution qu’est l’Education nationale. «Il y a de plus un déficit de connaissance sur l’Islam. Il faut trouver les acteurs institutionnels pour venir aider dans cette démarche. Dans la République, la loi est à la force.» Sa proposition est de garantir et de labelliser la formation hors contrat. «La laïcité est un principe juridique et pas une valeur doctrinale», a t-il affirmé.

Ghaleb Bencheick

Une exception française

De nombreux sujets nourissent le débat comme les menus dans les cantines, les cours de natation, les soins dans les hôpitaux. Pour Ghaleb Bencheick, la loi est commune pour nous tous et doit s’appliquer. «Il y a une obsession de la norme canonique jusqu’à la névrose. Il y a une incurie organique dans ces sujets. L’autorité est à la république». Il faut, selon Marine Gueydan, se référer au cadre légal, donner du sens à la loi. «Dans un cas sur dix, il y a une résistance. Les réactions des familles sont variées. La plupart du temps, il y a une bienveillance. Nous avons parfois des signaux de radicalisation.» La religion est intime, privée mais peut, selon elle, se manifester en public. Pour Ghaleb Bencheick, elle peut s’exercer dans la sphère publique mais en accord avec le Préfet et dans le respect de l’ordre public. Le député Mohamed Laqhila, la loi apporte à la fois la liberté de pratiquer une religion et le respect à l’égard des non-croyants. «En France, nous avons la liberté de montrer notre appartenance religieuse. L’interdiction s’applique aux agents publics et cela va s’étendre aux agents du secteur parapublic comme Pôle Emploi ou l’URSSAF.» Puis il a affirmé: «Il faut se battre pour conserver ce principe. C’est une exception française

Une source d’incompréhensions

Pour Colette Weizman, il y a véritablement pléthore d’incompréhensions. «Nous n’avons pas les réponses par rapport à de nombreuses demandes. Nos clients vont trouver parfois des motifs illégitimes pour licencier.» En matière de liberté, Ghaleb Bencheik a tenu à rétablir certaines vérités. «Rien ne s’oppose à l’imamat des femmes. Je suis favorable pour ma part comme aux prières mixtes.» Le député Mohamed Laquila a mis en exergue la proposition de former des islamologues français. «Il est prévu de mettre un terme à l’horizon 2023 à la venue d’imams venus de l’étranger et il est question de permettre à l’Islam de s’organiser. Mais, a t-il prévenu, attention aux lois de circonstance.»

De son côté, Jean-Michel Aupy a expliqué: «La charte de la laïcité à l’école a été bien conçue par l’Education nationale. Les principes sont bien énoncés. Il y a un net besoin de labourer le terrain dans les écoles, les entreprises mais aussi les clubs sportifs qui sont parfois le terreau de fondamentalisme.»

Lisette Narducci, ancienne maire des 2e et 3e et actuelle adjointe au maire déléguée à la famille de la ville de Marseille

En conclusion, Ghaleb Bencheik a souahité un avenir radieux tous ensemble. Le député Mohamed Laqhila s’est félicité de cette soirée en saluant la qualité du livre sur la laïcité, un formidable outil pratique permettant le dialogue. «Il faut continuer à œuvrer dans les établissements scolaires. Il faut garantir le respct des principes républicains. La France est solide. Les citoyens ne se laisseront jamais entrainés dans des débats de bas étage.»

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Articles récents
A la Une

Elections régionales : Jean-Laurent Félizia retire sa liste. Un duel RN-LR se profile donc au second tour le 27 juin 2021

Le chef de file de la liste d’union de la gauche et écologistes, arrivée en 3e position au premier tour des élections régionales en Provence-Alpes-Côte …

Lire la suite →
Actualités

Elections régionales: 68% d’abstention !

Les élections régionales du 20 juin 2021 ont été marquées par un taux d’abstention record, inégalée. C’est même le taux d’abstention le plus élevé à …

Lire la suite →
A la Une

Elections Régionales : Thierry Mariani devance ses deux principaux concurrents, Renaud Muselier et Jean-Félizia. Jean-Marc Governatori fait un excellent score avec 5,3%.

C’est une élection surprenante avec tout d’abord un taux d’absention record de l’ordre de 66% et des résultats qui ne sont pas conformes aux prévisions. …

Lire la suite →