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Les Comptoirs de campagne, des commerces multiservices pour retisser des liens

Créés en 2016 en Auvergne-Rhône-Alpes pour redynamiser les villages, les Comptoirs de campagne cherchent à se développer à travers les franchises. Un appel à candidatures est lancé auprès des collectivités et des porteurs de projet pour ouvrir de nouveaux commerces multiservices en Isère, en Savoie et dans la Drôme.

A Rochetoirin, petite commune du nord-Isère, Florence Moine prend son service comme chaque jour depuis plus d’un an. Elle gère le comptoir de campagne de ce village d’un peu plus de 1.000 habitants, non loin de Bourgoin-Jallieu. Ce magasin multiservices en circuit court a fêté ses trois ans il y a quelques jours avec un concert.

Au bout du téléphone, c’est l’effervescence. Plus qu’une épicerie, le comptoir propose un service de colis avec Mondial Relay, on a aussi la Française des jeux, et les particuliers peuvent profiter d’un pressing, d’une cordonnerie et d’un atelier de couture: ils déposent leurs affaires et les récupèrent une semaine après », explique la gérante qui, après un parcours varié dans le commerce et le médico-social, s’est jetée à l’eau. Elle est aujourd’hui salariée.

Dans ce village qui ne possédait qu’un restaurant, une boulangerie et un point de vente d’un fermier local, les habitants n’ont plus à faire des kilomètres pour s’approvisionner. Et la plupart des produits sont fournis localement. Plusieurs comptoirs des alentours se regroupent pour faire des économies d’échelle. L’union fait la force, quand on est 3 ou 4 points de vente, avec un certain volume de ventes assuré derrière, c’est beaucoup plus simple.

Même si l’objectif n’est pas de s’aligner sur les prix de la grande distribution mais de miser sur la qualité. On a un producteur de boeuf à Sainte-Blandine, à dix minutes, et un producteur de porc à moins d’un quart d’heure.

Le premier comptoir a ouvert à Champdieu dans la plaine du Forez (42) en 2016, avec l’aide de la région et de France active notamment. Aujourd’hui, le réseau comporte 14 sites en propre en Auvergne-Rhône-Alpes.

C’est à Virginie Hils que l’on doit l’idée de ces commerces multiservices. Cette ancienne commerciale dans l’agroalimentaire a eu envie de se reconvertir en 2015 prenant conscience de la disparition des petits commerces en zone rurale. « Un village sur deux n’a plus de commerce aujourd’hui en France et se transforme en cité dortoir. Son objectif de départ : ramener de la vie dans les villages.

Car les comptoirs se veulent avant tout un lieu de rencontres. « On parle beaucoup de fractures territoriales, de recoudre la France. Il y a une population qui se sent un peu en marge, souvent dans ces territoires-là. Ouvrir un commerce, c’est ramener de la vie », clame Virginie Hils. Une étude du Conseil d’analyse économique avait montré en 2020 que la fermeture d’un supérette pouvait avoir un impact fort sur la mobilisation de gilets jaunes.

Comme à Rochetoirin, chaque magasin repose sur un socle de services: courrier, colis, ventes de billets de train, Française des jeux, cordonnerie, retouche, pressing… Et souvent même, les magasins proposent une salle dédiée à des services. Celle-ci peut être louée à des prestataires sur quelques créneaux par semaine: coiffeurs, esthéticienne, ostéopathe… A Reventin-Vaugris (38), les habitants peuvent ainsi consulter une acupunctrice.

Chaque comptoir touche environ 2.000 consommateurs avec une soixantaine de fournisseurs. Les épiceries fonctionnent au maximum en circuits courts. Environ 80% des produits vendus proviennent de fournisseurs locaux (c’est 20% dans la grande distribution).

La formule a été freinée par la crise sanitaire. Mais les confinements successifs ont aussi révélé l’importance du commerce de proximité. L’objectif est aujourd’hui d’essaimer sur le territoire d’origine et partout en France.

De nouveaux comptoirs sont sur le point d’ouvrir en Ile-de-France, dans les zones rurales, en partenariat avec la SNCF et La Poste, notamment, dans l’idée d’occuper d’anciens bureaux de poste ou des gares. Le réseau compte aussi parmi ses partenaires La Caisse d’Epargne, Groupama, Le Crédit Agricole, la Maïf…

Pour accélérer son développement, il compte aujourd’hui recourir aux franchises. Cela a beaucoup d’avantages, le porteur de projet est plus autonome dans l’implantation, sans perdre de vue les valeurs de l’ESS.

A cet effet, Comptoirs de campagne lance, jusqu’au 30 juin, un appel à candidature aux collectivités et aux porteurs de projets de trois départements : l’Isère, la Drôme et la Savoie. Les collectivités ont un rôle important. Dans les communes rurales, le commerce qui revient, c’est un lieu de vie, de rencontres et derrière, il y a des évènements, des services: prêts de livres par les bibliothèques, livraisons aux personnes âgées… Il faut une volonté locale de faire revivre un commerce. De plus, le local est souvent la propriété de la commune qui va le réaménager voire le construire.

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