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12 novembre 2019, Lyon.
Manifestation contre la précarité étudiante après qu'un étudiant de 22 ans se soit immolé le 8 novembre.

Précarité étudiante : les collectivités ont un rôle à jouer

Selon un rapport sénatorial, la précarité étudiante s’est aggravée avec la crise sanitaire malgré les aides publiques. Logement, santé et alimentation constituent les points noirs de la vie étudiante. Les collectivités territoriales sont invitées à inscrire l’enseignement supérieur au cœur des politiques d’aménagement du territoire.

Les collectivités territoriales ont un rôle certain à jouer pour améliorer les conditions de vie, de plus en plus dégradées, des étudiants. C’est le sens du rapport du sénateur du Val-de-Marne Laurent Lafon, publié début juillet 2021 au nom de la mission d’information sénatoriale sur les conditions de la vie étudiante en France et intitulé “L’accompagnement des étudiants est une priorité et un enjeu d’avenir pour l’État et les collectivités“.

Ce travail met en évidence des difficultés qui, déjà présentes avant la crise sanitaire, ont été amplifiées depuis deux ans. Au premier rang se trouve la question du logement. 45% des étudiants sont en location et 12% vivent en résidence universitaire. Ceux-là consacrent en moyenne 388 euros par mois à se loger. Mais le rapport constate une offre “structurellement insuffisante par rapport à la population étudiante”, soit 350.000 places pour 2,7 millions d’étudiants.

Autre préoccupation majeure : la santé. Le rapport cite l’Observatoire de la vie étudiante (OVE), selon lequel 30% des étudiants avaient, en 2016, renoncé à des soins ou des examens médicaux pour des raisons financières. En outre, “les difficultés de santé mentale sont très prégnantes dans cette classe d’âge et déterminantes pour la santé et la construction psychologique sur le long terme”. Or, déplore le rapport, l’offre de santé sur les campus universitaires se concentre sur la prévention et la mise à disposition de services de médecine préventive et de promotion de la santé (SUMPPS), des services dont le périmètre n’a pas évolué depuis une quarantaine d’années, jugés “hétérogènes” et sans moyens suffisants. De plus, les SUMPPS ne s’adressent pas aux 40% des étudiants hors université.


Tout aussi grave : 48% des étudiants déclarent sauter des repas pendant une semaine normale de cours, et parmi ceux dont les difficultés financières se sont aggravées pendant le confinement du printemps 2020, un quart déclare ne pas toujours avoir pu manger à sa faim pour des raisons financières. Là encore, si le phénomène de précarité alimentaire chez les étudiants préexistait, il s’est amplifié avec la crise sanitaire. Et à tous ces problèmes, s’ajoutent ceux touchant au développement de l’enseignement à distance, à la recherche de stages ou encore au handicap.

Pour y répondre, et alors que 26% des étudiants déclarent ne pas avoir assez d’argent pour couvrir leurs besoins mensuels, il existe des bourses et des aides personnalisées au logement (APL). Sur les 2,7 millions d’étudiants actuels, 747.739 bénéficient d’une bourse sur critères sociaux. Et près de 800.000 touchaient une APL fin 2019. Au total, les aides publiques représentent en moyenne un quart des ressources des étudiants, et plus de 50% pour les boursiers.

Les collectivités territoriales, pour leur part, mettent en place des dispositifs de soutien financier selon leurs compétences : rayonnement international pour les régions, accompagnement social pour les départements, développement de l’engagement citoyen pour les communes. Elles proposent ainsi des aides au mérite, à l’accompagnement dans le parcours d’études, à la mobilité internationale, ou encore pour les transports en commun, le permis de conduire, la mutuelle.

Le rapport cite l’exemple de la commune de Valence qui attribue une aide aux étudiants qui s’engagent à être assidus aux cours et à participer à des missions au sein de la collectivité ou d’une association. En 2019, 184 étudiants ont bénéficié d’une aide moyenne de 1.360 euros.
Pourtant, le rapport déplore trois écueils sur la question des aides publiques.

Le premier tient à leur complexité et à leur manque de lisibilité, ce qui les rend “particulièrement difficiles à appréhender pour un public encore jeune et peu habitué aux démarches administratives. Le deuxième porte sur la segmentation et l’insuffisante accessibilité de l’information. Troisième écueil: les lacunes en termes de prise en charge. Certains profils échappent à leur bénéfice, en particulier les étudiants issus des classes moyennes, victimes des effets de seuil.

Pas moins de cinquante-quatre recommandations figurent en conclusion du rapport. D’une manière générale, il s’agit d’aller vers un ancrage territorial de l’enseignement supérieur. Il est ainsi question d'”inscrire l’enseignement supérieur au cœur des politiques d’aménagement du territoire en s’appuyant sur l’échelon régional et d’encourager les collectivités à mieux prendre en compte la présence d’étudiants comme facteur de dynamisme et de transformation des territoires.
Pour lutter contre la précarisation économique des étudiants, une première recommandation vise à revoir le système des bourses sur critères sociaux, notamment en simplifiant l’architecture des échelons pour atténuer les effets de seuil.

Plusieurs recommandations concernent le logement. Par exemple celle consistant à territorialiser les objectifs de construction de logements étudiants en fonction du nombre d’étudiants, des perspectives d’évolution de la démographie étudiante et du prix local de l’immobilier. Ou celle encourageant dans l’ensemble des villes accueillant des étudiants le déploiement du “label qualité résidences étudiantes” expérimenté par l’Association des villes universitaires de France (Avuf) afin de garantir de bonnes conditions d’accueil aux étudiants logés en résidences et de développer des services adaptés à leurs besoins (lieux de socialisation et d’études, accès à internet à haut débit, etc.).

Plus concrètement, le rapport entend permettre aux universités de constituer, en partenariat avec une ou plusieurs collectivités territoriales, des sociétés publiques locales (SPL) universitaires, dont l’objet sera notamment l’entretien de l’immobilier universitaire.

Dans la même logique, il conviendrait de “promouvoir auprès des collectivités territoriales, via les associations d’élus et les observatoires territoriaux du logement étudiant, l’intérêt de la construction de logements étudiants pour l’attractivité et le développement des territoires”.

En matière de précarité alimentaire, outre la prolongation du ticket de restaurant universitaire à un euro pour les étudiants boursiers, le rapport plaide pour le développement des partenariats entre le réseau des œuvres universitaires et scolaires et les acteurs publics et économiques locaux afin de permettre à tout étudiant d’avoir accès à une offre de restauration à tarif social, mais aussi pour faciliter l’accès des infrastructures locales de restauration aux centrales d’achats des Crous, dont les prix des denrées sont plus attractifs.

Enfin, en matière de santé, le rapport se prononce pour la prolongation du dispositif des chèques-psy et son élargissement à plus de trois consultations. Il est aussi en faveur d’un accompagnement renforcé des étudiants dans leurs démarches d’affiliation à la sécurité sociale et à une complémentaire santé.

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