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Présidentielle 2022 : Que veulent faire Emmanuel Macron et Marine Le Pen du dernier rapport du Giec sur le climat ?

Au lendemain de la parution du troisième volet du rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), le 4 avril dernier, l’une des autrices appelait les candidats à l’élection présidentielle à prendre en compte les conclusions du document. «Il faut lire ce rapport et prendre en compte l’appel extrêmement clair à des actions immédiates et ambitieuses dans l’ensemble des secteurs.» Consacré à l’étude des solutions à apporter à la crise climatique, celui-ci constitue en effet une base de travail solide pour les politiques qui souhaitent œuvrer efficacement pour la baisse des émissions de gaz à effet de serre.

Base de travail que les deux candidats qualifiés pour le second tour assurent avoir épluchée. «J’ai lu le résumé du Giec », a évoqué Marine Le Pen. « Nous avons entendu le message des plus grands scientifiques du monde entier il y a deux semaines », a déclaré Emmanuel Macron. Mais que vont faire les deux prétendants à l’Elysée des conclusions qui y sont exposées ?

Emmanuel Macron

Assurant être interpellée par la sortie de ce rapport, mais aussi par le vote assez haut au premier tour en faveur de Jean-Luc Mélenchon, qui intègre pour partie les inquiétudes sur les questions climatiques, l’équipe d’Emmanuel Macron dit vouloir enrichir son projet, l’intensifier, mettre plus d’investissements sur l’ensemble de ces sujets.

«Les politiques menées jusqu’à présent ne sont pas assez alignées avec les orientations de la Stratégie nationale bas carbone », feuille de route française pour limiter le réchauffement à 2 voire 1,5 °C», déplore Yamina Saheb, coautrice du dernier volet du Giec. «En raison du retard accumulé par la France, le rythme actuel de réduction annuelle devra pratiquement doubler, pour atteindre au moins 3% dès 2021 (-13 mégatonnes équivalent CO2) et 3,3% en moyenne sur la période 2024-2028″, complète-t-elle. «Il y a donc urgence à agir», comme l’a souligné le dernier rapport du GIEC. Jean-Charles Colas-Roy, relais transition écologique pour l’équipe d’Emmanuel Macron, assure avoir entendu le message.

Pour l’équipe d’Emmanuel Macron, cela passe notamment par la transition d’une économie linéaire extraire, produire, consommer, jeter à circulaire extraire moins, produire mieux, consommer différemment, recycler efficacement.

Le candidat s’est fixé pour objectif de développer le nucléaire et le renouvelable pour parvenir à décarboner la production d’énergie. Gare à la dépendance à des technologies nécessitant des investissements initiaux élevés (par exemple le nucléaire), peut-on pourtant lire dans le résumé du rapport du Giec qui met en lumière les risques liés au recours à des infrastructures trop gourmandes en ressources.

Sur les autres messages délivrés par le Giec, l’équipe d’Emmanuel Macron dit reconnaître l’importance de la sobriété, qu’elle décrit comme l’optimisation des consommations. Une description qui fait fausse route, juge Yamina Saheb. Cette vision, «c’est de l’efficacité, et non de la sobriété» analyse-t-elle, citant la définition donnée par le Giec: «l’ensemble des mesures et des pratiques quotidiennes qui évitent la demande d’énergie, de matériaux, de terre et d’eau».

L’équipe entend répondre au besoin accru de financements pour la transition écologique par la mobilisation d’un investissement nouveau de 10 milliards d’euros par an.

Jean-Charles Colas-Roy estime que le programme peut aussi évoluer sur la sensibilisation du public à ces problématiques. «L’affichage environnemental est important, nous voulons aussi développer un indice de réparabilité des produits et former massivement nos concitoyens en vue de reconversions professionnelles dans ces secteurs nouveaux.»

De son côté, Marine Le Pen a pris clairement ses distances avec le Giec, le 13 avril, lors d’une conférence de presse consacrée à la politique étrangère. «Un travers asphyxiant pour l’outil diplomatique français est de se concentrer sur de prétendus grands enjeux globaux définis par telle ou telle agence de l’ONU, par exemple, par le Giec, a-t-elle déclaré. La diplomatie française doit être orientée non en direction de prétendus grands enjeux globaux environnementaux, mais vers la protection et la promotion des intérêts de la France, quels qu’ils soient dans le monde.»

Marine Le Pen

Argument auquel Yamina Saheb réagit: «La crise climatique n’est pas un ‘prétendu grand enjeu global. Elle est malheureusement bien réelle et ne pourra être résolue que dans le cadre d’une collaboration internationale. L’impact des émissions de gaz à effet de serre ne s’arrêtera pas à nos frontières administratives, ni à celles de nos voisins proches.»

L’équipe de Marine Le Pen déplore ainsi que le rapport du Giec n’émette aucune critique du système économique international, de la mondialisation, qui pourrait se régler par la relocalisation de la production. Toutefois, le texte mentionne bien le sujet des échanges internationaux: «Les règles commerciales ont le potentiel de stimuler l’adoption internationale de technologies et de politiques d’atténuation des émissions».

En dehors de ces réserves, le Rassemblement national assure que les solutions présentées dans le dernier rapport du Giec confirment le programme du parti. « Le Giec nous dit que les solutions doivent être adaptées à la situation du pays. Il faut prioriser sur ce qui est le plus efficace ici! . Arrêter de mettre de l’argent dans des éoliennes en mer, mais dans la transition des chauffages thermiques, la réindustrialisation… »

Marine Le Pen entend miser sur le nucléaire et « l’hydrogène vert ». Des solutions que ne favorise pas le Giec. Le dernier rapport souligne plutôt le fort potentiel de l’éolien et du solaire sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Il a même établi des cartes où la France apparaît comme un terrain bel et bien capable de fournir ces énergies.

Le document ajoute que l’hydrogène bas carbone, affiché comme une « grande cause du quinquennat » de Marine Le Pen, selon Jean-Philippe Tanguy, « nécessite des améliorations dans son processus de production et des réductions de coût ».

Quand le Giec prône plus de pédagogie auprès des citoyens, le Rassemblement national compte, lui, acquérir l’acceptation de la population au travers de « débats publics ». « On n’a pas besoin que le gouvernement explique. Les citoyens ne sont pas des enfants. On croit en la démocratie directe, via le référendum d’initiative citoyenne. La vérité sort d’un débat, et les gens sont demandeurs de sauver le climat », conteste Jean-Philippe Tanguy sur la méthode.

Sur la nécessité de rehausser les investissements en faveur de la transition écologique, il avance la solution du fonds souverain proposé par Marine Le Pen, qui devra irriguer, entre autres, la transition écologique.

Quant à la sobriété, le camp lepéniste affirme que le sujet n’est pas prioritaire. «Le rapport du Giec n’oppose toutefois pas les deux enjeux. Il les associe. Il mentionne d’ailleurs expressément que les politiques de réduction des émissions liées à la consommation doivent assurer le bien-être humain pour tous».

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