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Protéger la biodiversité marine, un enjeu essentiel pour tous

Le Club de la Presse Marseille Provence Alpes du Sud, sous l’égide de sa présidente Elsa Charbit, a organisé le 6 septembre 2021, en partenariat avec le Club Pernod et l’association des Journalistes pour l’environnement, une conférence-débat sur le thème «Protéger la biodiversité marine». Alexandre Meisnez, auteur du livre éponyme, était aux côtés de Patricia Ricard, présidente de l’Institut océanographique Paul Ricard, situé sur l’île des Embiez, et d’Isabelle Souvelet, présidente des JNE, pour évoquer ce sujet passionnant.

Alexandre Meisnez propose une approche originale pour évaluer nos impacts sur la mer. Il convient en préliminaire de distinguer la protection de la biodiversité (celle des espèces en tenant compte de l’ensemble des individus de chacune d’entre elles et celle des écosystèmes) avec la défense d’individus d’espèces sensibles ou attachantes.

 

“L’innovation théorique consiste à hiérarchiser les atteintes. Le raisonnement se base sur la distinction de deux cibles atteintes par nos actions. La cible « vie marine » et la cible « Homme », c’est-à-dire nous-mêmes, car nous ressentons aussi les effets délétères de nos actions sur le milieu marin. Pour chaque type d’atteinte et sur ces deux cibles, il convient d’évaluer sa réversibilité ou résilience et l’aspect quantitatif par rapport à une région ou à l’échelle d’une mer ou océan“, précise t-il.

Pour l’universitaire, la définition de la biodiversité marine n’est pas aisée mais elle peut intégrer, selon lui, la faune et la flore, à savoir les animaux et les végétaux et les variants génétiques au sein d’une même espèce. Mais cela peut englober également l’écosystème avec tous les habitants et la chaîne alimentaire.

Il y a en fait deux mondes vivants assez séparés et cela comprend les différents organismes qui vivent en pleine eau. Il y a le monde vivant qui est riche en surface et qui se prolonge en profondeur dans les ténèbres. Il y a aussi un monde pélagique peu atteint par les activités. Il y a aussi le monde batique, riche sur le plan du littoral entre 0 et -40 mètres et après le monde tendone.

L’enjeu est multiple. Il s’agit tout d’abord de protéger le monde littoral, de voir les principales atteintes et de déterminer quelles sont les espèces menacées.

Il y a deux volets, la lutte contre la pollution et les attaques contre les espèces.

Alexandre Meisnez a évoqué deux concepts, le premier de bon sens avec une cible humaine et une autre marine et l’autre liée à la défense de la cause animale et en particulier à quelques espèces attachantes.

L’auteur a évoqué les quatre aspects majeurs au sein du livre. Il y a tout d’abord les constructions gagnées sur la mer avec les ports de plaisance, les stations d’épuration. «En ce qui concerne l’artificialisation des côtes, il faut préciser que 12 % des côtes sont articielles», a t-il confié en mentionnant la construction et la destruction d’ouvrages gagnées sur la mer et notamment à Monaco.

Autre volet, la surpêche. «Tout est bon pour pêcher. La chaîne alimentaire est bouleversée par la surpêche», a t-il estimé. Dans un autre registre, le changement climatique a des nettes répercussions en mer. Cela génère une réduction des espèces qui apparaissent menacées voire en voie de disparition. Cela se perçoit également dans le milieu marin et également à travers la montée du niveau de la mer. Enfin, il a mentionné le phénomène de l’introduction d’espèces qui a des conséquences non négligeables sur l’écosystème. L’introduction d’huitres du Japon a généré la destruction des huitres portugaises.

En prenant pour exemple la Méditerranée, la surpêche et les constructions gagnées sur la mer qui sont actuellement les plus nocives pour la vie marine. A plus long terme, les effets du changement climatique global (augmentation de la température des eaux de surface l’été, élévation du niveau de la mer et acidification des eaux) seront les plus dommageables.

L’analyse de la situation permet aussi d’apprendre qu’il n’y a pas d’endémisme localisé en mer et que de ce fait aucune espèce marine n’a disparu en Méditerranée depuis plusieurs siècles. Au contraire ces dernières décennies près d’un millier d’espèces exotiques ont «enrichi» sa biodiversité, induisant, il est vrai, des perturbations croissantes dans les chaines alimentaires marines en place depuis des millénaires.

Il est catégorique par contre sur le fait qu’il n’existe pas d’espèces endémiques menacées. Par contre, il existe en mer un déclin d’espèces surtout au niveau régional.


La cible « Homme » est surtout atteinte par les pollutions bactériennes et chimiques qu’il convient de relativiser en considérant d’une part la réversibilité des situations très localisées et les quantités de polluants dilués à l’infini. Les accidents dus aux transports de matières restent imprévisibles et leurs effets sont le plus souvent réversibles.

La pollution par les déchets flottants (plastiques) est néfaste pour notre environnement mais beaucoup moins pour la cible «vie marine» contrairement aux messages catastrophistes diffusés par des ONG et amplifiés par certains médias. C’est surtout l’incivilité qu’il faut combattre (prévention et condamnation des gestes de vandalisme de rejets de déchets dans les villes et dans la nature).

«La pire des atteintes pour l’homme qui s’annonce dans les prochaines décennies sera l’inexorable montée du niveau des mers», a t-il estimé. Pour la Méditerranée, dès que l’élévation du niveau de la mer s’approchera du mètre, un projet aujourd’hui utopique pourra être sérieusement envisagé : établir un barrage avec l’océan Atlantique dans le détroit de Gibraltar.

«Pour la défense des espèces et espaces marins, Il est démontré à quel point la sélection des espèces à protéger et les outils juridiques de leur protection sont concurrents et obsolètes. Ils doivent être entièrement revus et harmonisés», a t-il considéré.

Il en est de même pour la protection des espaces sous-marins. En absence d’une définition claire d’un espace marin protégé, les engagements internationaux sont la cause sous-jacente d’un système de protection devenu inefficace et surtout non sincère.


Pour terminer ce plaidoyer pour réformer les politiques de protection de la biodiversité marine, il a exposé le fait que jamais autant d’administrations et de fonctionnaires internationaux, nationaux et locaux sont engagés sur des objectifs de gestion du milieu marin. Ces efforts sont malheureusement concurrents, redondants, emphatiques et théoriques. Ils laissent de côté les connaisseurs scientifiques et surtout les actions opérationnelles en mer. «
Des mesures concrètes pourraient bien, selon lui, mieux valoriser, protéger et rendre plus productif le milieu marin. Pour cela, un grand ménage dans nos idées reçues ou imposées sont nécessaires pour préserver le patrimoine collectif de la biodiversité marine», a t-il confié.

Cependant, il est fort probable qu’au cours des décennies à venir, les effets du changement climatique global et les introductions d’espèces bouleverseront la biodiversité. La Méditerranée mais aussi les mers et les océans de la planète resteront selon lui bien vivants mais différents.

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